jeudi 11 septembre 2014

La Psyché





Claudine, est une fille sage. Du haut de ses dix-neuf ans, elle suit assidûment ses cours, révise longuement le soir, sort peu. Une fois par mois, pas plus. Elle rejoint alors ses amies d’amphithéâtre dans un bistro, puis après quelques discutions ponctuées d’éclats de rire, les filles vont en discothèque. Elles dansent, boivent un peu et parlent beaucoup. Certaines de ses copines draguent ou se laissent dragué. Elle imagine bien que cela finit souvent sous une couette, mais elle, cela ne l’intéresse guère. Les jeunes hommes, elle ne fait que les regarder. Plus tard, pas maintenant. Après les études, estime-t-elle, c’est mieux, c’est plus simple. Mais surtout, Claudine est réservée. Elle l’a toujours été. Alors s’aventurer dans un amour simplement lui fait peur. Plus tard, toujours plus tard se rassure-t-elle.
Pour autant, le désir est en elle. Il l’assaille par moments puis se fait oublier pendant des jours entiers. Depuis qu’elle ne vit plus à Toulouse chez ses parents, depuis le bac, c’est plus simple. Dans ses quelques mètres carrés, le soir venu, il lui arrive de compenser sa solitude. Et elle a trouvé son petit point faible, une mise en scène qu’elle renouvelle à chaque fois.
Une fois rassasiée, elle prend méthodiquement une douche, vers dix heures. L’eau l’a purifié, elle s’embaume de l’odeur du savon. Elle essuie sa peau avec attention, puis enfile une robe de chambre à la texture duveteuse. Sa décision est alors prise, elle sait ce qu’elle va faire, exactement. Elle l’a noué autour de sa taille et sort de la salle de bain. Son petit manège commence alors dans l’unique pièce de son logement. Claudine récupère dans l’armoire les trois oreillers qu’elle a en surplus et les pose méticuleusement sur sa couette. Un lit simple : un matelas étroit posé sur quatre pieds, pour des nuits solitaires. Puis elle va chercher sa psyché accolée contre l’armoire. Un haut miroir à l’encadrement ancien, posé sur trois pattes. Il est lourd, elle le traîne lentement jusqu’au centre de la pièce.
La scène est prête. Claudine est déjà tout émoustillée à l’idée de ce qu’elle va faire, son petit caprice inavouable. Elle se fige devant la glace et se contemple. Le jeu coquin démarre, son petit secret à elle. Ses doigts commencent par son visage, ils glissent dessus, sa peau contre sa peau, son petit nez retroussé. Elle est belle et le sait, son visage est pur, un petit menton discret, de grands yeux au regard naturellement tendre. Elle étire sa chevelure, avec délicatesse. Claudine profite de chaque geste, elle écoute son corps, rien que son corps. Ses mains longent son cou, descendent sur son buste recouvert. Elle se regarde, elle s’observe se caresser. Et l’instant arrive, celui de la fausse découverte. Elle écarte lentement le haut de sa tenue nocturne. Le tissu est si doux, qu’elle frissonne en le sentant frôler la pointe de ses seins. Son buste apparaît dans la glace. Une poitrine ronde aux formes parfaites, aux boutons érigés. Elle la regarde comme si c’était la première fois, ses doigts s’aventurent autour sans oser y toucher, comme si sa pudeur l’en interdisait. Puis ses paumes deviennent plus entreprenantes, désireuses d’en découvrir la fermeté. Elles s’aventurent sur ses seins rebondis, les caressent comme des objets fragiles. Claudine soupire. Le miroir lui renvoie son image, celle d’une jeune femme se laissant aller à ses désirs les plus secrets. Ses doigts s’aventurent, contournent ses pointes brunes, gonflées. Ils se rapprochent, les effleurent délicatement, s’étonnent qu’ils soient si sensibles.
Claudine avait préparé l’ambiance. Une heure auparavant, elle avait tourné le thermostat, anticipant la sensualité de la soirée. Un radiateur en fonte placé sous l’unique fenêtre diffuse en continu ses calories. Il fait chaud, trop chaud. Rien de plus normal.
Elle dénoue la boucle de la lanière. Un petit déhanchement et son ventre apparaît, plat jusqu’aux nombrils. Elle s’amuse avec les pans de sa robe de chambre, cache son sexe d’un côté, dévoile sa nudité de l’autre. Sa silhouette, ses fesses rondes, elle les devine par instant, lorsqu’elle écarte suffisamment le tissu. Un petit jeu qui la trouble, se découvrir sans se voir, s’imaginer nue.
C’est un fait, Claudine sait qu’elle n’a besoin de personne pour sentir le désir grandir en elle. Il lui suffit de son propre reflet, de la vue de son corps pour que ses joues s’enflamment, pour que son cœur s’accélère. Peut-être l’envie d’être contemplé dans le plus simple appareil. Mais sa pudeur l’en retiendrait, jamais elle n’oserait se déshabiller en public.
Ses mouvements deviennent plus amples, sa tenue de moins en moins occultant. Lorsque son sexe apparaît furtivement dans la glace, elle frissonne. Son bas-ventre vient mourir sur une toison fine, une bande de boucles bombée par ses lèvres. Qu’elle manque de discrétion, se disait-elle à chaque fois. Cela ne cache rien, peut être que cela ne sert à rien non plus ? Comment ferait-elle la première fois pour ne pas rougir, celle où l’on doit se dévoiler devant son petit ami ? On ne voit que sa fente, rien d’autre. Une ligne sombre qui s’enfuit entre ses cuisses. Du coup, Claudine regrette parfois de ne pas être une brune, une fille qui masque tout dans une forêt obscure.
Mais non, elle est belle ainsi, et finalement, en ce moment, cette vision impudique l’excite plus qu’autre chose. Sa robe de chambre glisse le long de son dos et s’étale sur le sol. Elle est nue, entièrement nue devant sa psyché. Ses mains s’aventurent, caressent sa peau, son ventre, ses cuisses, ses fesses. Elle évite son sexe, le contourne, elle ne veut pas s’aventurer à lui donner du plaisir. Pour faire durer plus longtemps. Son souffle s’accélère, elle sent le désir s’intensifier. Il l’assaille, son ventre lui rappelle qu’il est maintenant temps, que l’orgasme viendra de lui.
Alors Claudine saisit le miroir, elle le fait pivoter vers le bas. Sa position doit être parfaite, elle la vérifie scrupuleusement, puis s’installe sur le lit. Les oreillers l’enveloppent de douceur et maintiennent son dos. La position est confortable, à moitié assise, les jambes allongées sur la couette. Mais surtout, la psyché ainsi orientée lui renvoie son image, celle d’une jeune femme se préparant au plaisir solitaire. Elle s’observe encore, puis fait glisser ses mains le long de son ventre jusqu’au pubis. Claudine s’aventure entre ses cuisses serrées, du bout des doigts uniquement. Leur contact sur son sexe la fait gémir pour la première fois. Son cœur s’emballe, son ventre lui brûle. Elle caresse le contour ses lèvres gonflées, parcourt sa fente sans y pénétrer. Faire durer, le plus longtemps possible pour accroître le désir, pour que le plaisir soit encore plus puissant. Puis Claudine fixe son image, le regard rivé sur son ventre, elle écarte les cuisses. Elle s’observe, son excitation croit en découvrant son sexe offert à ses mains. Elle s’ouvre de plus en plus, ses lèvres s’écartent, son clitoris apparaît. Un petit bouton doré sur laquelle elle pose son index. Il est humide, elle joue avec, le caresse tout en douceur. Claudine s’enflamme en se masturbant, elle gémit, se tortille sur son lit. Ses mains ne se contrôlent plus, ses doigts s’aventurent dans sa fente. Elle est trempée. Alors elle l’ouvre, offre l’intérieur de son sexe à son regard. L’entrée de son vagin luit d’humidité, son indexe s’en rapproche, glisse autour en parcourant de petits cercles, comme s’il hésitait encore à s’aventurer dans ses entrailles. C’est par là qu’un jour, un homme fusionnera avec elle, mais Claudine n’y pense pas. Son souffle est saccadé, bruyant, elle gémit en sentant l’orgasme si proche.
Et à l’instant où son doigt s’enfonce en elle, la jouissance ébranle tout son corps.



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